Actu Europe du 07-02-2014

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Bonjour Loïc,

Bonjour Brigitte, bonjour à toutes et à tous.

Pour commencer, nous retournons au Royaume-Uni, où Total vient de signer un accord avec l'entreprise eCORP.

Dans notre dernière rubrique, nous étions passé rapidement sur cet accord, éclipsé par l'annonce des recommandations de Bruxelles à propos de l'exploitation des gaz de schiste.

Total, ou plus exactement sa filiale au Royaume-Uni a donc signé cet accord avec l'entreprise eCORP UK, qui elle-même est une filiale de eCORP International.

La presse a largement relaté cet accord. Toutefois si la langue anglaise ne vous effraie pas trop, allez sur le site Web de eCorp Royaume-Uni. Un document au format PDF de trois pages vous explique l'intérêt et les avantages de cet accord (vu bien sur du côté des pétroliers).

Tout d'abord, cet accord est un accord « d’amodiation » avec Total Royaume-Uni (Farm-out agreement en anglais). Une amodiation est un acte juridique, vous l'auriez deviné.

Ce qui est intéressant, c'est de savoir ce qu'implique cet acte.

Un acte de ce type permet à une autorité publique d'affecter à un particulier, à une entreprise privée ou à une collectivité un espace normalement inaliénable (domaine public) pour une durée limitée et, en principe, de façon réversible.

A travers cet accord, Total reçoit donc des terrains qui normalement n'auraient pas dû être cédés ou en tout cas qui étaient invendables. Ce qu'il faut également savoir, c'est que dans le secteur minier, cette location n'est pas une location ordinaire, car dans ce cas l'usage détruit la chose louée. Effectivement, après le passage des foreurs, pas difficile d'imaginer l'état du terrain.

Quels sont les permis concernés par cet accord ?

Cet accord englobe deux permis d'exploration et de développement Pétroliers Onshore (donc sur terre, à l'inverse du off-shore qui se passe en mer). Ces permis sont situés dans le Lincolnshire, région située en bord de mer et en gros à l'Est de Manchester et Birmingham pour les villes les plus connues. Ils couvrent une superficie de 240 kilomètres carrés.

En regardant l'histoire de cette région, on découvre un détail qui pourrait se révéler inquiétant.

Le 27 Février 2008, un tremblement de terre entre 4,7 et 5,3 sur l'échelle de Richter a eu lieu. Il a été l'un des plus grands tremblements de terre à affecter la Grande-Bretagne au cours de ces dernières années. Les forages à grand coup de fracturation hydraulique ne vont donc pas arranger la chose.

De plus, c'est une région avec une tradition agricole et touristique, notamment sur la cote. Au final, c'est surtout les habitants qui risquent de faire les frais de cette exploitation si un vent de contestation ne se lève pas.

De leur côté, les représentants des deux sociétés semblent plutôt optimistes.

Pour eux, pas de soucis. Tout va bien. Par exemple, le PDG de eCORP International considère que l'entrée de TOTAL, opérateur très respecté et d’envergure mondiale dans l'effort d'exploration du gaz de schiste au Royaume-Uni marque un tournant, pour le Royaume-Uni mais aussi pour l'Europe continentale.

J'ai envie d'ajouter, merci Bruxelles, d'avoir émis de simples recommandations plutôt que des directives à propos de l'exploitation du gaz de schiste.

Et si vous avez un peu de temps, n'oubliez pas de jeter un œil sur les informations qui se trouvent dans le cadre bleu du document. Quelques détails sur la transaction sont donnés :

  • sur les engagements financiers de Total en cas de succès ou non,

  • sur le programme qui comprendra acquisition sismique, tests d'exploration verticale et horizontale. A noter au passage, que tout au long du document, le terme « fracking » ou « fracturation hydraulique » n'est jamais utilisé.

Enfin, sachez que la transaction est soumise à l'approbation du Secrétaire d'Etat pour le ministère de l'Énergie et du changement climatique et que tout devrait être réglé avant le 30 Juin 2014. Connaissant les positions de David Cameron sur le sujet, je pense que les foreurs n'ont pas trop de soucis à se faire et peuvent dormir tranquillement.

Pour finir cette rubrique, un tour du continent et un rapide point sur l'état des projets d'exploitation.

Oui, c'est le site d'Europe 1 qui propose ce résumé.

1/ Ceux qui ont déjà commencé à l'exploiter.

Le Royaume Uni, nous venons d'en parler, mais aussi la Pologne qui veut produire son énergie et dépendre moins des importations russes.

2/ Ceux qui sont sur le point de se lancer.

L'Ukraine, bien sûr, mais depuis novembre la situation dépasse largement le cadre des problèmes d'énergie ; la Roumanie avec la résistance autour du village de Pungesti ; la Lituanie, la Hongrie et également l'Espagne ont déjà donné leur accord à des forages, à titre exploratoire.

Il faut également inclure dans ce groupe le Danemark, où l'Etat a repoussé la date du début de l'exploitation, pour attendre le résultat d'études environnementales.

Ajoutons enfin l'Allemagne. Après une année 2013 tournée vers les élections, l'Allemagne est également sur le point d'y aller, mais les réserves potentielles sont très faibles, ce qui fait hésiter la classe politique.

3/ Ceux qui résistent.

La France, bien sûr. Mais aussi, la Bulgarie, certaines régions allemandes ou espagnoles et suisses. Les Pays-Bas, pour leur part, ont opté pour un moratoire.

On voit qu'au niveau de l'Europe, comme au niveau de la France, l'actualité de l'exploration et de l'exploitation des gaz de schiste va très vite.

Vous pouvez suivre cette actualité tout au long de la semaine sur Radio Touche Pas à Mon Schiste.