Actu Europe du 18-10-2013

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Bonjour Loïc, où nous emmène votre rubrique « Europe », cette semaine ?

 

Je vous emmènerai d'abord du côté des autorités européennes, qui veulent imposer une évaluation environnementale pour l'exploitation des gaz de schiste. Ensuite, avec le journal « Les Echos », une analyse économique de cette industrie. Et, enfin, nous ferons le tour de quelques pays européens.

 

Mais pour commencer, une fois n'est pas coutume, parlons « lobbying ».

 

Et le gagnant, cette semaine, est l'industrie chimique européenne qui est à fond dans le lobbying pro-gaz de schiste.

Kurt Bock, patron du n°1 mondial de la chimie BASF, et Président des Fédérations Européennes des Industries Chimiques (Cefic) a appelé l'Europe à saisir l'opportunité du gaz de schiste, jugeant tout simplement « bête », c'est son adjectif, de la laisser passer.

 

Il constate cependant que les pays européens ont une approche très fragmentée sur le gaz de schiste (différence entre la Grande Bretagne qui dit oui, et la France qui dit non).

 

Il n'est pas le seul à monter au créneau. Le PDG du groupe chimique belge Solvay, le français Jean-Pierre Clamadieu, demande un accès « plus facile » au gaz en Europe, en ayant recours notamment au gaz de schiste, pour permettre à l'industrie chimique de faire face à la concurrence des États-Unis.

 

D'après lui, l'équation économique est simple : le gaz vaut quatre fois moins cher aux États-Unis qu'en Europe. Si rien n'est fait il y aura un impact non seulement sur la chimie, mais aussi sur le tissu industriel européen.

 

Il lance donc en conclusion un appel aux autorités européennes à créer « un environnement » qui permette à la chimie de « développer ses atouts ».

 

Les autorités européennes, justement, que font-elles ?

 

Elles parlent gaz de schiste et évaluation environnementale.

 

Les eurodéputés viennent d'adopter des dispositions afin que les activités d'exploration et d'extraction d'hydrocarbures non conventionnels par fracturation hydraulique fassent obligatoirement l'objet d'une étude d'impact environnemental.

 

Aujourd'hui, c'est vrai pour les projets liés au gaz naturel à partir d'un débit journalier estimé à 500.000 m3 par jour. Or, les forages de gaz de schistes ont des rendements souvent inférieur à ce niveau. Donc pas d'étude d'environnement. Donc, très pratique !

 

Il y a encore de nombreuses phases de négociations avec le Conseil et la Commission qui risquent de bloquer ces amendements. Mais en cas d'accord, l'étude d'impact pour tous les projets non-conventionnels, quelle que soit la quantité d'hydrocarbures extraite pourrait être rendue obligatoire. Autrement dit, tous les projets concernant les hydrocarbures non conventionnels (gaz et schiste bitumineux, gaz de réservoir étanche, méthane de houille) seront systématiquement soumis à une évaluation de leurs incidences sur l'environnement.

 

Un autre aspect important de l'industrie des gaz de schiste, c'est l'aspect économique.Et ce qui est amusant, enfin c'est une façon de parler, c'est que c'estle journal « Les échos » qui nous rappelle qu'il faut garder les pieds sur terre et que les résultats ne seront pas forcément au rendez-vous. ???

 

Même en supposant que l'exploitation des gaz et pétrole de schiste finisse par être autorisée partout, pas sur que cela provoquerait en Europe un choc économique de même ampleur qu'aux Etats-Unis. Et, effectivement, c'est « les Echos » qui le dit.

 

Les conditions exceptionnelles qui ont favorisé le boom des hydrocarbures non conventionnels aux Etats-Unis ne sont pas réunies en Europe.

 

La journaliste poursuit : D'autre part, même en étant optimiste, la production potentielle de gaz de schiste assurerait à peine 5 % de la consommation européenne annuelle.

 

En complément, signalons également une étude récente qui indique que les coûts de production au Royaume-Uni seraient entre 50 % et 100 % plus élevés qu'outre-Atlantique.

 

Bien souvent, ce sont les pays eux-mêmes qui sont demandeurs et l'énergie reste au cœur des discussions commerciales entre les pays.

 

Nous nous en apercevons avec la rencontre France – Ukraine qui aura lieu au mois de novembre. L'Ukraine a des réserves importantes de gaz de schiste, alors que la France a une grande expérience des négociations avec Gazprom.

 

Nous avons donc d'un côté le gouvernement ukrainien qui vise en priorité un partenariat stratégique avec les grands consortiums, y compris avec le français Total même si celui-ci n'a pas l'air trop pressé d'y aller. Car, l'Ukraine veut à tout prix se dégager de l'emprise de Gazprom.

 

Au passage, petite contradiction du côté français : nous fermons la porte à la production de gaz de schiste, mais nous sommes prêts à le faire dans d'autres pays....

 

En France, On n'est peut-être plus à une contradiction prêt...
Un autre pays qui désire se dégager de Gazprom, la Pologne.

 

Témoignage de la correspondante du journal « La Libre Belgique » qui s'est rendue à Lubocino, village situé dans une région agricole. Dans ce petit paradis, la machine de forage du gazier polonais PGNiG tourne 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

 

Cela ne semble pas gêner le maire du village. Il est très heureux car le gazier polonais « a modernisé un bout de la route, l’école a été rénovée et équipée en salle multimédia, et le village a été raccordé à un réseau d’alimentation en eau potable ». De plus, « Quand l’extraction du gaz de schiste se fera à une échelle commerciale, la commune gardera 40 % des impôts dans ses caisses ».

 

Donc, tout va bien ?

 

Oui, sauf qu'il y a tout de même quelques zones d'ombre. Bien sûr, le responsable de la société est fier d'annoncer le succès sur les trois forages réalisés depuis 2010. Il indique qu'il y a du gaz, mais glisse rapidement sur le fait que la rentabilité n'est pas encore prouvée. Comment faire pour savoir si le site sera rentable ? Et bien, il suffit de réaliser au moins une centaine de forages !

 

 

On imagine facilement les dégâts que cela va entraîner

 

Pour le moment, les paysans qui habitent sur la zone semblent contents. Il est vrai que PGNiG achète les terrains visiblement à un bon prix mais d'après les témoignages, la société n'explique pas vraiment ce qu’il va y avoir dessus et se dépêche de monter les puits avant toute protestation.

D'ici quelque temps, face au bilan écologique qui sera certainement catastrophique les avis risquent d'être très différents.

 

On a l'impression que les Polonais sont prêts à sacrifier leurs richesses naturelles pour gagner en autonomie énergétique vis-à-vis de la Russie.

 

C'est d'ailleurs sur ce point qu'insiste un sondage.

 

Qui tombe à point pour révéler que 72 % des habitants des régions où les recherches sont faites se disent favorables à l’extraction du gaz de schiste. Et 86 % des personnes interrogées pensent que le gaz de schiste pourrait garantir à la Pologne l’autonomie énergétique face au gaz russe.

 

Du coup, je suppose que les opposants ont du mal à se faire entendre.

 

Une partie des habitants de Zurawlow, village dont nous avons déjà parlé, lutte toujours contre Chevron. Mais, difficile de convaincre les gens a qui l'on promet du travail et qui ne perçoivent pas tous les dangers de cette industrie.

 

Chevron, présent également en Roumanie, et là aussi ça coince...

 

Le géant américain comptait débuter l'exploration sur la commune de Pungesti. Mais, nous raconte l'AFP, entre 300 et 400 habitants de la commune ont empêché l'arrivée d'engins de chantier.

 

Les manifestants en ont profité pour réclamer la démission du Premier ministre Victor Ponta, accusé d'avoir accordé des permis d'exploration à Chevron. On rappelle que celui-ci était contre lorsqu'il était dans l'opposition.

 

Et pour continuer à coincer et à faire barrage, et pas seulement en Roumanie, nous rappelons qu'en Europe comme en France, le 19 octobre, les opposants à la fracturation hydraulique se donnent rendez-vous.

 

Dans notre région, le rendez-vous est fixé à Montélimar à partir de 14h00 au rond point St James.

 

Le défilé traversera la ville de Montélimar, pour se terminer place Saint-Martin où se trouveront des stands. Il sera possible d'échanger et de dialoguer à propos des permis concernant notre région.

Pour l'occasion, Radio Touche pas à mon schiste sera présent sur place et vous pourrez nous rencontrer entre 16h00 et 18h00.