Actu Europe du 21-03-2014

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Bonjour Loïc,

Bonjour Brigitte, bonjour à toutes et à tous.

Cette semaine, nous commençons par la Pologne avec une décision du gouvernement qui va réjouir les industriels du gaz de schiste.

Le Premier ministre Donald Tusk a indiqué que le gouvernement polonais avait décidé d'exonérer d'impôts jusqu'en 2020 l'extraction de gaz de schiste en Pologne. Pas mal, non ?

Et après 2020, 100 % d'impôts ?

Pas du tout. Il y aura un peu d'impôt, mais dans une limite raisonnable, puisque ces impôts ne devraient pas dépasser 40% des revenus d'exploitation.

Le gouvernement polonais met en avant sa volonté de garantir son indépendance énergétique face à son principal fournisseur, la Russie.

Rappelons qu'une cinquantaine de forages ont déjà été réalisés en Pologne et que pour commencer à être rentable d'un point de vue commercial, il faudrait environ 350 forages. Les compagnies qui sont en Pologne sont principalement Chevron ou Conoco Phillips.

A propos de l'indépendance énergétique face au géant russe Gazprom, la Pologne n'est pas le seul pays dans ce cas.

Effectivement, c'est un argument qui est souvent mis en avant. Il existe un groupe, dit groupe de Visegrad qui a demandé au Congrès américain de faciliter les exportations de gaz à destination de leurs pays afin de ne pas dépendre des ressources russes.

Ce groupe de Visegrad, du nom d’une ville située au nord de la Hongrie, est constitué par la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie.

Précisément, que demande ce groupe ?

Une lettre officielle a été adressée à John Boehner, président de la Chambre des représentants. Dans cette lettre les représentants du groupe de Visegrad souhaitent que les exportations de gaz à destination de leurs pays soient facilitées afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des ressources russes. La hantise partagée par ces quatre pays étant que la Russie se serve de sa position dominante à des fins politiques.

Cette demande a, on s'en doute, été bien accueillie par John Boehner, qui a transmis et soutenu cette demande auprès de Barack Obama.

La Pologne, toujours, qui semble très en pointe en ce moment sur les questions énergétiques.

Un effet, très certainement, de la crise ukrainienne. La Pologne, par la voix de son Premier ministre, affirme effectivement que la dépendance de l'Allemagne vis-à-vis du gaz russe constitue une menace pour la souveraineté de l'Europe.

Donald Tusk a d'ailleurs indiqué qu'il était pour une certaine révision de la politique énergétique de l'UE. En fait, il semble considérer que les conceptions actuelles concernant la politique climatique et gazière risquent de constituer une menace pour la sécurité et la souveraineté de l'Europe toute entière.

Même son de cloche du côté du Royaume-Uni qui soutient la Pologne

Oui et c'est tout à fait logique. Avec la Pologne, le Royaume-Uni est le pays qui pousse à fond pour une exploitation commerciale du gaz de schiste.

Sur le terrain la situation est assez tendue.

Le gouvernement de David Cameron n'est pas tendre avec les opposants. L'année dernière, à Balcombe, des manifestants avaient été arrêtés. Pour être finalement relaxés en ce début d'année par la justice qui leur a même donné raison.

Actuellement, c'est à Barton Moss, autre lieu de lutte, que la police se déchaîne. Plusieurs personnes, une mère de famille, une femme enceinte, une adolescente, des personnes âgées ont été arrêtées sans ménagement.

Vous trouverez sur le site de la radio un lien pour signer une pétition et exprimer ainsi votre solidarité avec les opposants à Barton Moss et aux opposants anglais d'une manière plus générale.

Au niveau de l'UE, les choses bougent beaucoup également.

Oui, un des objectifs est de réduire la dépendance des pays de l'Union européenne aux importations de gaz, à commencer, bien sur, par le gaz russe. On retrouve toujours le même argument.

Il semble qu'une intensification des efforts soit demandée aux Etats membres les plus dépendants. C'est le cas, par exemple de la Bulgarie ou de l'Allemagne. A priori, il s'agit là de décisions qui avaient été prises avant les derniers événements d'Ukraine.

L'affaire de Crimée agit désormais comme un accélérateur.

Mais reste tout de même aux différents pays à s'accorder sur les priorités.

Et là, ce n'est pas évident.

Non. Londres et Varsovie, nous l'avons vu, réclament le développement de l'exploitation des gaz de schiste à fond (ainsi que l'énergie nucléaire).

Connie Hedegaard, la commissaire européenne au Climat, estime pour sa part que la crise en Ukraine souligne la nécessité de passer aux sources d'énergie renouvelables.

L'Allemand Günther Oettinger, chargé de l'Energie, veut accélérer la mise en oeuvre d'un marché unique de l'énergie.

Sans oublier les Etats-Unis, qui considèrent que la dépendance des Européens à l'égard de Moscou entrave leur politique vis-à-vis de la Russie, et qui bien sur voudraient vendre leur gaz aux européens à la place de la Russie. De tous ces événements découlent ainsi la volonté de mettre en place le pacte transatlantique en y englobant l'énergie, ce qui n'est pas le cas à ce jour.

L'année 2014 n'a pas fini de nous surprendre. Pas sur que ce soit toujours en allant dans le bon sens pour les citoyens des différents pays de l'UE.

Pour finir, une nouvelle un peu plus optimiste qui nous vient de Suisse.

Avec le canton de Berne qui va interdire le forage par fracturation hydraulique pour trouver des gisements de gaz. C'est le Grand Conseil bernois qui a adopté une motion contre ce type de forages.