Actu Europe du 23/09/2013

Version radio: 

Version écrite au format PDF à télécharger: 

Sources :

 

Version écrite :

Avec Loïc Saint Jalmes nous reprenons notre tour d'horizon de l'état de l'exploitation du gaz de schiste et de ses luttes en Europe.

Le blog « fractura-hidraulica » dresse un bilan de l'état de l'exploration et de l'exploitation des gaz de schistes à travers le monde à la veille de la journée internationale contre le « fracking ».

On commence avec la Pologne où les paysans de Zurawlow résistent toujours.

Ils résistent toujours malgré le gouvernement qui est très favorable à l'industrie des gaz de schistes. Le bilan de cette industrie n'est pas brillant dans ce pays. Quelques exemple, depuis une année :

  • Abandon d'une quarantaine de puits, car jugés non rentables,

  • Départ de plusieurs investisseurs étrangers, dont Exxon Mobil,

  • Eviction au printemps 2013 du ministre des finances Mikolaj Budzanowki (Micolaï Boudzanovski),

  • Estimation des réserves en chute libre,

  • Et tout récemment, au début de l'été, la mise en examen de sept personnes pour corruption lors de procédures de répartition de licences pour la prospection et l'exploitation de gisements.

Ce qui n'empêche pas que l'exploitation a commencé fin août dans le nord du pays. La société Lane Energy extrait ainsi 8000 mètres cube de gaz chaque jour.

De l'autre côté de l'Europe, en Angleterre, beaucoup de mouvements aussi.

Dans ce pays, en 2011, le gouvernement avait décrété un moratoire suite à des tremblements de terre dans le nord de l'Angleterre provoqués par les forages de l'entreprise Cuadrilla. Depuis, la position du gouvernement anglais a beaucoup évolué. Le moratoire a vite été oublié. Et au cours de cet été, David Cameron, le premier ministre a annoncé vouloir mettre en place le régime fiscal le plus avantageux du monde pour les compagnies pétrolières.

C'est dans cette ambiance que la société Cuadrilla a relancé des forages dans une autre région du pays.

La société s'est précipitée, si je puis dire, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Londres dans le paisible village de Balcombe. Mais là, les événements ne sont pas déroulés aussi facilement que prévu par la société et très certainement par le gouvernement. Les citoyens se sont dressés contre la société Cuadrilla. Ils n'ont pas pu complètement bloquer le chantier, comme les paysans polonais. Ils ont juste réussi à le retarder. Il faut dire que le gouvernement anglais n'a pas hésité à envoyer les forces de l'ordre en nombre pour ouvrir le passage aux camions de Cuadrilla.

Ceci dit, au bout de quelques semaines, la société a dû plier bagage.

Oui, c'est tout de même une petite victoire pour les opposants car la société a du plier devant l'administration. En effet, devant l'ampleur des travaux et le peu de tenue du chantier Cuadrilla a été obligé de déposer une nouvelle demande de permis.

Alors maintenant en Roumanie, c'est un immense mouvement de foule avec la mobilisation de la jeunesse roumaine depuis une quinzaine de jours sans précédent depuis les années 1990.

Dans ce pays, en plus des gaz de schiste, une nouvelle mobilisation voit le jour pour lutter contre la mise en exploitation d'une gigantesque mine à ciel ouvert.

Pourtant, il s'agit d'un projet vieux d'une dizaine d'années.

Oui, mais c'est un projet de loi du gouvernement spécialement adopté fin août pour servir les intérêts de la compagnie privée en facilitant entre autre les expropriations qui a déclenché ces importantes manifestations.

Au total près de 20 000 Roumains ont défilé le 15 septembre pour demander au gouvernement le retrait pur et simple de ce projet de loi qui ouvre la voie à ce projet canadien de mine d'or dans un village de Transylvanie.

"Des forêts, pas du cyanure", "un avenir sans cyanure", clamaient les banderoles en référence aux milliers de tonnes de cette substance nécessaires au projet.

La compagnie canadienne Gabriel Resources, à travers sa filiale Rosia Montana Gold Corporation, veut ouvrir la plus grande mine d'or à ciel ouvert d'Europe dans le village de Rosia Montana.

Manifestation aussi contre le gaz de schiste

Dans le même temps, près de 300 personnes ont manifesté dans le village de Gagesti (nord-est) où Chevron a commencé les travaux préliminaires à l 'exploration des gaz de schiste avec à terme l'intention d'utiliser la fracturation hydraulique.

Et dans les autres pays d'Europe ?

Beaucoup de situation d'attente, de moratoires qui ne disent pas leur nom. Un pays qu'il faudra suivre, toutefois, c'est certainement l'Allemagne maintenant que les élections sont passées et qu'Angela Merkel vient d'être réélue.

Mais d'autres pays comme l'Ukraine ou la Lituanie ont donné leur feu vert à une exploitation des gaz de schiste.

Ainsi, le ministère lituanien de l'Environnement a recommandé à son gouvernement de conclure un contrat avec Chevron sur l'exploration et l'extraction du gaz de schiste dans ce pays balte.

Le gouvernement doit maintenant donner son accord final qui conduirait à la signature du contrat sous trois mois.

Aucun suspense cependant puisque le Premier ministre s'y est déclaré lui aussi favorable.

Le but de la Lituanie est bien de s'affranchir de la Russie.

Vilnius, tout comme la Pologne ou l'Ukraine, cherche à briser le monopole de Gazprom, unique fournisseur de plus de trois milliards de mètres cube de gaz en construisant un terminal de gaz liquéfié qui devrait être opérationnel d'ici la fin 2014, ainsi qu'un gazoduc avec la Pologne.

Et bien merci Loïc pour ce tour d'horizon de la situation en Europe.