Actu Europe du 27-12-2013

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Bonjour Loïc, alors pour cette dernière émission de l'année, vous nous proposez de faire un état des lieux dans différents pays à la veille de la nouvelle année.

Oui, car 2014 risque d'être chaud, et même très chaud dans plusieurs pays. Commençons, si vous le voulez bien, par le Royaume-Uni.

David Cameron a toujours dit qu'il était pour l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste. Jusque là, rien de nouveau …

Sauf, que depuis la mi-décembre, Mister Cameron et son gouvernement se sont vraiment lâchés. Il n'y a maintenant plus du tout de retenue ...

Le gouvernement britannique a ainsi annoncé qu'il lancerait au début de l'été prochain un grand nombre de licences d'exploration pour la recherche de gaz de schiste :entre 50 et 150 ! Le Royaume-Uni dit posséder d'importantes réserves de schiste mais il reste à voir quelles quantités de gaz, elles renferment.

Entre 50 et 150 licences c'est énorme …

Oui, et si tous les plans se réalisent, c'est entre 50 et 60 pour cent du territoire qui sera recouvert par des zones de permis. Grâce à leur géologie, il n'y a en gros que le Pays de Galle et une partie de l’Écosse qui seront épargnés. L'Angleterre va donc se transformer petit à petit en un véritable gruyère avec tous les risques écologiques qui vont en découler.

Sans doute de quoi faire perdre à nos amis britanniques leur flegme légendaire...

Il faut l'espérer car on a tout de même du mal à imaginer la campagne anglaise envahie par des puits de forage dans toutes les directions.

Au printemps dernier, c'est autour de Balcombe que la lutte s'est engagée contre la société Cuadrilla. Pour l'instant, nous sommes dans une espèce de statut-quo puisque la société doit présenter un nouveau dossier avant de poursuivre ses travaux.

Par contre, si la langue de Shakespeare ne vous effraie pas, je vous invite à visiter le site Web du « Manchester Evening News ». Nous sommes, comme le nom l'indique, dans la région de Manchester. Ce journal local relate les actions des opposants à la fracturation hydraulique à Salford. La compagnie iGas a commencé des tests le long de l'autoroute M62 qui relie Manchester à Liverpool. Les opposants se sont fait connaître en déposant une pale d'éolienne à l'entrée du chantier.

Mais il faudrait vraiment une mobilisation en masse pour stopper ces différents chantiers.

Oui, car le gouvernement britannique veut aller jusqu'au bout de sa démarche et il estime que la production de gaz de schiste dans le pays pourrait représenter plus du triple de sa demande actuelle de gaz. D'autre part, les estimations des réserves du pays et des incitations fiscales promises par le gouvernement ont suscité l'intérêt de grosses firmes étrangères parmi lesquelles des françaises comme GDF Suez ou Total.

Il faudra donc, effectivement, une mobilisation très large et très forte pour contrer les projets d'extraction du gaz de schiste au Royaume-Uni.

Dans la même logique que le Royaume-Uni, d'autres pays s'intéressent de plus en plus au gaz de schiste.

C'est un peu un mouvement général en Europe. Dans une note publiée en octobre, l’IFRI (Institut français des relations internationales) s’est particulièrement intéressé aux stratégies danoise, polonaise et britannique dont nous venons de parler. Toutes ont un objectif commun : restaurer une marge de manœuvre énergétique.

Les situations sont différentes d'un pays à l'autre, mais que ce soit le Danemark, la Pologne ou le Royaume-uni, la mise en exploitation des gaz de schiste est présentée comme une énergie de transition intéressante permettant de retrouver des marges de manœuvre cruciales dans le jeu économique mondial.

Tout cela au détriment des populations locales ?

Absolument. C'est d'ailleurs l'expérience que sont en train de vivre les habitants d'un petit pays des Balkans dont on parle peu. Le Courrier des Balkans nous apprend ainsi que dans la région de Fier, au sud de l’Albanie, les habitants s’inquiètent des secousses qui agitent régulièrement le sol et lézardent les murs de leurs maisons. Pour eux, pas de doute, ces mini-séismes d’1,6 à 3 sur l’échelle de Richter sont liés à l’exploitation par fracturation hydraulique des gaz de schiste. Le journaliste a interviewé un sismologue qui durant vingt ans s'est occupé de la géologie de cette région.

Pour lui, sans aucun doute, ce phénomène est lié à l’exploitation d’hydrocarbures en cours avec des méthodes pour augmenter la rentabilité. La région ne se situant pas dans une zone sismique d’intensité maximale, les secousses sont donc bien dues à l’exploitation des hydrocarbures par fracturation hydraulique...

On notera également au passage que la société qui effectue les travaux est l’entreprise Bankers Petroleum Ltd. Cette société canadienne est enregistrée à Jersey et dans les Îles Caïmans. Parmi les membres de son conseil d’administration figure l’ancien chef des forces de l’Otan, le général américain Wesley Clark.

Pour finir ce tour d'Europe, quelques nouvelles des pays situés à l'Est du continent.

Avec en premier la Pologne et l'entreprise Chevron qui vient de signer avec la compagnie gazière polonaise Pgnig un nouvel accord. Celui-ci va permettre aux deux parties de baisser les frais et d'accélérer ainsi les travaux de prospection, puisque, rappelons le, les autorités polonaises comptent lancer l'exploitation commerciale du gaz de schiste en 2014.

Autre point chaud, la Roumanie

Avec le village de Pungesti, où la société Chevron a demandé au début du mois de décembre l'intervention des gendarmes afin de commencer son chantier. Le village, composé de paysans, est maintenant déclaré zone de sécurité. Il y a donc des gendarmes un peu partout qui contrôlent tout.

Sur le site bastamag.net, mais également sur Le Monde, je vous invite à lire et regarder les reportages à propos de ce village. C'est édifiant.

A vous entendre énumérer tous ces pays, on constate que 2014 risque fort d'être une année sous haute tension.

Oui, d'autant plus que, pour différentes raisons, on s'aperçoit que les industriels et les gouvernements ne se retiennent plus beaucoup et poussent à fond vers l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste. Tout cela, bien sûr, au détriment des populations locales. Si nous n'y prenons pas garde et que nous ne réagissons pas, d'immenses zones en Europe deviendront des zones mortes où la vie s'avèrera impossible.

Et c'est pour cela qu'il est important de se mobiliser ici et ailleurs !