Actu France du 10-03-2014

Version radio: 

Version écrite au format PDF à télécharger: 

Sources :

Bonjour Loïc, bonjour à tous,

Par quelle région de France commençons-nous aujourd'hui ?
Par la région Nord-Pas de Calais. Le mois dernier je vous avais dit qu'une mission d’enquête, sous l’égide du schéma régional de développement économique avait rendu des conclusions favorables à des forages exploratoires de gaz de couche. European Gaz Limited , EGL, a obtenu l'autorisation de faire deux forages d'exploration sur les communes d'Avion et Divion et ,si ces forages sont positifs, c'est Gazonor qui poursuivra l'exploitation.

Où en est-on un mois plus tard?
Le bras de fer continue : les collectifs citoyens et associations opposés à l'exploration et l’exploitation des réserves d’hydrocarbures non conventionnels ont posté une lettre ouverte pour alerter la population, les élus, les administrations, les médias et le monde scientifique des dangers et conséquences "dramatiques" que représentent ces projets dans les anciens bassins houillers

Un rappel de ce qu'est le gaz de couche
C'est du méthane qui est piégé dans les millions de micropores qui ont été crées lors de la fabrication du charbon et qui lui donne sa porosité, sa faculté à absorber d'autres molécules. Ce charbon se trouve dans des veines très profondes non ou incomplètement exploitées. Il s'agit d' un hydrocarbure de roche mère et, contrairement à ce que laisse entendre le rapport de l'OPECST, un hydrocarbure non conventionnel comme les huiles et gaz de schiste.
Pour l'exploiter le gaz de couche, il faut faire 2 types de forages: un forage vertical + des forages horizontaux en étoile qui s'étendent dans la veine de charbon et ensuite il faut stimuler la roche pour récupérer le gaz.

Je suppose qu'une fabuleuse création d'emploi est là aussi promise ?
Bien sûr mais comme vous le dîtes, elle est fabuleuse, c'est à dire issue d'une fable … Dans le concret, il y aura plus d'emplois perdus que créés, notamment dans l'agriculture et l'écotourisme.
Les collectifs répètent qu'à l'heure où la France s'est engagée à diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, à diminuer d'au moins 30 % sa consommation d'énergies fossiles d'ici 2030, il serait totalement inconcevable de gaspiller des centaines de millions d'euros dans l'exploration et l'exploitation de nouvelles ressources énergétiques fossiles comme ce gaz de houille.

Une mobilisation sera organisée ?
Oui une grande mobilisation est prévue à Divion le Dimanche13 Avril. Les citoyens se réuniront pour clamer leur opposition à cette stratégie de la terre brulée et pour réclamer d'une part une réelle politique d'efficacité et de sobriété énergétique et d'autre part le développement des énergies renouvelables qui permettraient de créer des emplois locaux, respectueux de l'environnement.

Plus au sud, dans le Gard, à St Christol-lès-Ales où avait eu lieu, en 2012, le grand rassemblement internationnal du Fracking Day, c'est une rencontre euro-maghrébine qui s'est tenue
Samedi 8 et Dimanche 9 mars de nombreuses personnes venues de 16 pays sous le joug du gaz de schiste sont venues témoigner et ont dressé un état des lieux alarmants de la situation dans leur pays.
Parmi elles, et représentant la Tunisie, le président de l’association Eco conscience, Mohamed Ali Malek. Il a expliqué comment les grosses compagnies internationales ont profité du désordre de l'après révolution pour obtenir des gouvernements transitionnels des permis. Comme Shell, par exemple, qui a obtenu, dans la région de Kairouan, l'autorisation d'exploiter, jusqu'en 2047, quelques 742 puits !!! Il faut savoir que Kairouan est l'une des plus riches régions de Tunisie puisqu'elle fournit agriculture et eau au reste du pays
Et dans le sud du pays, dans la région de El Franig, la fracturation hydraulique a déjà été utilisée sans, bien sûr, que la population n'ait été informée.
Pour le Maroc, c'est le président de l’association Esco, Mohamed Benata, de Oujda qui a témoigné : si effectivement le Maroc importe 95 % de son énergie, il n'a pas non plus d'eau et donc il ne peut pas se permettre de polluer ses réserves hydrauliques. Or, comme l'explique Mohamed Benata, sous le Maghreb ( Algérie, Maroc, Tunisie, Libye) existe une réserve aquifère énorme mais très fragile. C'est un réservoir fossile qui s'est constitué il y a plus de 100 000 ans à l'époque où la région était plus humide...il ne fautdonc surtout pas y toucher, en lançant la fracturation comme l’a fait le gouvernement algérien.
Au Maroc, 33 compagnies ont déjà des licences et des permis parmi lesquel on retrouve, bien sûr, Total (France)

La Pologne était présente ?
Oui, par le biais de l’association Strefa Zieleni. Elle a témoigné du combat mené depuis 9 mois à Zurawlow par les paysans - pot de terre contre le pot de fer qu'est la Cie Chevron : au début le gouvernement polonais vantait à grand renfort de publicité les soi disants bienfaits de l'exploitation : indépendance par rapport au géant russe voisin, argent pour les retraites, etc La Pologne avait tous les risques de succomber à ce miroir aux alouettes mais grâce à la mobilisation d'un tout petit village,(on a pu les voir grâce à la web cam installée sur le site), les polonais sont aujourd’hui partagés...
À ce jour, il y a eu 55 forages dans le pays, dont une quinzaine avec fracturation. Un tiers de la Pologne a été distribué en concessions.

Et le Royaune Uni, bien sûr
Qui était représenté par deux associations, l' anglaise Ffevra de Balcombe, dans le sud de l'angleterre et par le mouvement écossais Falkirk, du nom d'une ville d'Ecosse où eu aussi lieu une sanglante bataille lors de la première guerre d'indépendance...et où l'on retrouve là aussi Total et GDF Suez.

Un week-end riche en échange et une rencontre d'autant plus importante que la situation en Ukraine pourrait encore davantage tenter l'Union Européenne d'intensifier l'extraction du gaz de schiste en mettant en avant une alternative aux hydrocarbures russes.
Effectivement, il est à craindre que l'avidité énergétique passe bien au dessus de notre très relative sagesse écologique.

C'est pourquoi, plus que jamais, nous devons être vigilants et rester mobilisés !