Dossier du 16-10-2013

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Bonjour,

Aujourd’hui, je vais vous parler du climat et du CH4, le méthane, un sujet que nous avons évoqué trop rapidement obnubilés que nous étions par cette satanée QPC.

Le 27 septembre dernier, les 195 délégations membres du GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, réunies à Stockholm ont adopté à l’unanimité le texte préparé par les scientifiques.

A l’issue de l’adoption du résumé à l’attention des décideurs, le président du GIEC, le Dr Rajendra Pachauri, a présenté le Volume 1 du 5e Rapport d’évaluation "Changement climatique 2013 : les éléments scientifiques".

Mais je vous entends derrière votre ordinateur, vous me dites “Mais concrètement, le changement climatique, c’est quoi ?”

C’est la climatologue, Valérie Masson-Delmotte dans un article du Point qui vous répond : “Concrètement, nous perturbons le climat en renforçant l'effet de serre, en emprisonnant de l'énergie plutôt qu'en la renvoyant vers l'espace. Il faut savoir que 93 % de cette énergie ainsi prisonnière est stockée en réchauffant les eaux maritimes, 3 % réchauffe les sols, 3 % est consommée dans la fonte des glaces et 1 %, uniquement, est stockée à travers le réchauffement atmosphérique… "

Là, évidement on comprend mieux, nous, on ressent très peu ce réchauffement, mais dans le fond des océans, ça réchauffe très fort.

Maintenant, revenons au “résumé pour décideurs” du Giec qui vient de paraître (ici en anglais et là en français) avec une étude de Benjamin Dessus* (ici) et Bernard Laponche (et là) qui l’ont décrypté pour nous.

Il nous apprend que la mesure du flux d’énergie par m2 apporté à l’atmosphère par chacun des gaz responsable de l’effet de serre (le forçage radiatif) émis par l’homme  entre 1750 et 2011 atteindrait 3W par m2.

Sans surprise, le premier responsable du réchauffement, c’est le gaz carbonique le CO2, le résultat de la combustion des combustibles fossiles et de la déforestation, avec 1,68 W par m2, soit 56%de l’ensemble. Par contre, on y apprend que le forçage supplémentaire du méthane sur la même période est de 0,97 W par m2 soit 32% du forçage total. C’est deux fois plus que ne le laisserait penser la simple prise en compte de sa concentration dans l’atmosphère et deux fois plus que ce qu’estimait le Giec dans son rapport de 2007.

D’autant que la concentration du méthane dans l’atmosphère, qui avait peu évolué depuis le début des années 90 jusqu’en 2005, semble accélérer depuis cette époque.

Dans les années 2000, il était généralement admis que les émissions mondiales de méthane, de l’ordre de 360 millions de tonnes (ici), provenaient pour environ 38% de l’agriculture irriguée et de l’élevage des bovins, pour 33% des émissions fugitives du système énergétique fossile, 23% de la fermentation des déchets agricoles et ménagers et enfin 6%  des feux de forêt. Et parmi ces fuites du système énergétique, on attribuait une trentaine de millions de tonnes aux fuites de méthane (CH4).

Mais cette situation risque d’empirer rapidement avec le développement inconsidéré des gaz de schistes, d’abord aux Etats-Unis et peut-être bientôt ailleurs.

Benjamin Dessus et Bernard Laponche nous rappellent que les dernières mesures de fuites de méthane effectuées sur des champs gaziers aux Etas-Unis à partir de campagnes aériennes (ici) donnent en effet des résultats très préoccupants : 6% à 12% de la production des champs de gaz de schiste fuirait vers l’atmosphère. Si des fuites de cette importance se confirmaient sur d’autres champs gaziers, les conséquences sur les émissions totales de méthane mondiales deviendraient très importantes.

On n’ose imaginer les conséquences du développement international intense de production de gaz de schiste que prône un organisme comme l’AIE qui envisage une production mondiale de gaz de schiste de l’ordre de cinq fois la production actuelle dans moins de 20 ans, avec la perspective d’augmenter les émissions mondiales de méthane de 15% à 20%.

Depuis plus de cinq ans, quelques climatologues et quelques experts de l’énergie (ici) ont essayé de faire prendre conscience à la communauté scientifique comme aux décideurs politiques ou aux médias de l’importance de cette question du méthane pour le climat, malheureusement sans beaucoup de succès. C’est d’autant plus dommage que de nombreuses actions de prévention des émissions de méthane sont à portée de la main, économiquement rentables et procurent dans de nombreux cas une source d’énergie locale qui manque parfois cruellement (par exemple par récupération du méthane des déchets agricoles et domestiques).

Comme nous le laisse entendre discrètement le GIEC aujourd’hui, la question du méthane apparaît comme encore plus cruciale pour l’avenir du climat. Il devient en tout cas urgent, d’une part de réagir vivement aux discours des promoteurs de l’exploitation à tout va des gaz de schistes qui affirment sans vergogne participer ainsi activement à la transition énergétique et d’autre part de définir des objectifs et un calendrier spécifiques de réduction des émissions de méthane pays par pays, secteur par secteur.

Les perturbations liées aux gaz à effet de serre ont une durée de vie longue, de l'ordre du millénaire. C'est donc un problème que l'on va se transmettre en héritage, d'une génération à l'autre.

Il est temps que les citoyens s’emparent de la lutte contre le changement climatique. Des solutions qui répondent au défi de la crise climatique existent. Elles se sont exprimées à Bayonne les 5 et 6 octobre dans le village des alternatives, Alternatiba.

Elles s’exprimeront aussi le 19 octobre, la journée internationale de lutte contre le fracking à laquelle vous allez tous vous rendre à Montélimar, à Toulouse, à Etampes, à Plessis Paté et à Montereau-Fault-Yonne, à Paris, à Saint Claude, à Lille et dans plus de 79 villes aux Etats Unis et dans 16 pays de par le monde.

A samedi sur le stand de Radio Touche pas à mon schiste pour ceux d’entre-vous qui viendront à Montélimar.

Paul

 

* Benjamin Dessus et Bernard Laponche sont tous les deux membres fondateurs de l'association Global Chance (http://www.global-chance.org/ ).