Dossier du 2-10-2013

Version radio: 

 

Sources :

http://www.reporterre.net/spip.php?article4761

http://www.lest-eclair.fr/economie/le-reve-americain-de-vallourec-tarde-a-porter-ses-fruits-ia0b0n115741

 

Je vais vous parler aujourd’hui d’un article de Sylvain Lapoix qui est paru le 30 septembre sur le site de Reporterre sur les grandes entreprises françaises qui sont déjà dans le business des gaz de schiste.

Sylvain Lapoix nous rappelle que si le lobby en faveur de l’exploitation du gaz de schiste est si fort en France, c’est que plusieurs grandes entreprises sont engagées dans cette activité aux Etats-Unis : de Vallourec à Vinci en passant par Veolia, Lafarge et Suez, elles sont nombreuses à en tirer déjà profit.

Il nous rappelle une leçon du vieil Ouest qui est revenue à la mode avec le boom des gaz de schiste aux Etats-Unis : “Durant la ruée vers l’or, les seuls à être sûr de faire fortune étaient les vendeurs de pioche”. Aujourd’hui, les chercheurs d’or gris, ou noir, ont besoin de la fracturation hydraulique et du forage horizontal pour faire cracher les schistes profonds.

Les méthodes ont donc changé, mais il y a toujours des quincailliers pour profiter de la manne, parmi lesquels plusieurs entreprises françaises du Cac 40 spécialisées dans des segments clefs de ces techniques : tubage, béton, chimie, services pétroliers et eau.

Au delà d’une vision “industrielle” par laquelle ils encouragent une exploitation tous azimuts des ressources énergétiques, les majors françaises défendent avec les gaz de schiste des relais de croissance pour leurs propres activités. Des profits bien plus certaines qu’une baisse des prix de l’énergie pour les ménages comme on peu le constater aux USA ou la chute du prix du gaz n’est pas répercutée sur les particuliers

D’un point de vue industriel, la fracturation hydraulique et les forages horizontaux sont des techniques intensives en matériel comme en compétence. La phase de forage mobilise trois ingrédients principaux : une plateforme de forage, du tubage sur toute la longueur du puits, et du béton pour assurer son étanchéité et la résistance à la pression.

Pour le coffrage, la société Lafarge est sur les rangs : le cimentier français dispose d’une unité de production de ciment technique à Allentown, en Pennsylvanie qui fourni les forages du gisement de gaz de schiste de Marcellus.

Les sociétés de services pétroliers, les maîtres d’ouvrages (Schlumberger, Baker Hughes et Halliburton) sont le plus souvent des multinationales qui sous-traitent l’exécution à des maîtres d’ouvrages locaux. Pour le forage pétrolier de Jouarre, en Seine et Marne, par exemple, c’est une foreuse de la société Cofor (filiale de Vinci) qui a été utilisée par Schlumberger, chargée du chantier par la société Hess, le titulaire du permis.

La fracturation hydraulique mobilise des grandes quantités de matériaux  : dix à vingt millions de litres d’eau, cinq cents tonnes de proppant (granulé chargé de “bloquer” les fissures, le plus souvent du sable) et cinquante tonnes de produits chimiques.

Sur ce dernier volet, la société SNF capte un tiers du marché américain des polymères solubles, utilisés pour rendre l’eau plus visqueuse et à même d’amener le proppant dans les fissures. Ce segment (en hausse de 20% par an) constitue désormais 100 millions de dollars de chiffre d’affaires pour la société.

Du côté des grandes entreprises, les sociétés Saint-Gobain et Arkema, qui est issue de la branche chimie de Total, proposent toute une gamme de produits, notamment des alternatives au sable (qui se fait rare et dont le prix explose) sous forme de billes de céramique.

Suez et Veolia, enfin, placent de grands espoirs dans les déchets de ce procédé : pour chaque puits 60 à 80% de l’eau utilisée pour fracturer la couche de schiste remonte à la surface, soit des millions de litres d’eau usée. Si la réglementation américaine autorise l’enfouissement dans des “puits poubelles”, les normes environnementales européennes, plus strictes, leur ouvrent un boulevard pour le retraitement massif de ces déchets.

En Californie Veolia mène une expérience conjointe avec la société Chevron pour une gestion plus efficace de l’eau dans la fracturation hydraulique et a remporté en avril dernier un contrat pour le traitement des eaux usées issues de l’exploitation des gaz de houille du bassin de Surat, en Australie, d’un montant de 650 millions d’euros.

Mais le retraitement des eaux usées des exploitations des puits de gaz et de pétrole de schiste avec ses remontées de radio-nucléïdes, de métaux lourds et autres acides est encore une autre histoire.

On nous parle aussi de  la société Vallourec qui s’est imposée sous la marque VAM USA, comme un des leaders des tubages traités et des joints filetés qui garnissent chaque puits de gaz de schiste.

Je vous rappelle que Philippe Crouzet, le patron de l’entreprise Vallourec, est l’époux Sylvie Hubac, directrice du cabinet du président de la République. Il avait pesé publiquement, en juin dernier, pour le limogeage de la ministre de l’Ecologie Delphine Batho, jugée trop opposée aux gaz de schiste.

Un article paru sur le site de l’Est-Eclair nous explique que le rêve américain de Vallourec, qui a investi ces dernières années 2 milliards d'euros dans de nouvelles usines au Brésil et aux Etats-Unis, tarde à se concrétiser, sous l'effet de la chute du réal et de l'effondrement des prix du gaz de schiste.

Le président du directoire Philippe Crouzet l'a reconnu lors d'une conférence d'analystes tenue le 26 septembre dernier à Pittsburgh (Etats-Unis), à proximité de la nouvelle usine du groupe inaugurée en grande pompe en juin à Youngstown (Ohio) , où il produit des tubes sans soudure pour l'exploration du gaz et du pétrole de schiste.

Le coût de construction des nouvelles usines américaines et brésiliennes, qui avait dépassé les budgets prévus, avait pesé sur les résultats du groupe, mais Vallourec misait sur leur entrée en fonctionnement pour enfin profiter de l'explosion de l'exploration du pétrole offshore au Brésil, et du gaz de schiste aux Etats-Unis.

Mais des difficultés qualifiées de "conjoncturelles" contrarient désormais ses ambitions.

A la Bourse de Paris, le titre, qui gagnait le 26 septembre à la clôture près de 25% depuis le début de l'année, enregistrait le lendemain la plus forte chute du jour, il cédait 9,47%.

Aux Etats-Unis, comme il l'avait déjà fait en juillet lors de la présentation des résultats semestriels, Vallourec reconnaît que l'activité de forage du gaz de schiste "ne montre pas de signe de reprise", trois mois à peine après l'inauguration de son usine de Youngstown.

Il semble donc que nos lobbiistes français commencent à se prendre les pieds dans le tapis de la bulle des gaz de schiste américaine et qu’il est fort probable que dans les mois ou les années qui viennent ils perdent un peu de leur arrogance.

A très vite sur Radio Touche pas à mon schiste pour des nouvelle, pas toujours très drôles.